Les filières de valorisation

Les isolants

On ne peut plus se contenter de nos jours de dire qu'un matériau est recyclable. Ce qui intéresse aujourd'hui les détenteurs de déchets est de savoir si le matériau est effectivement recyclé car cela est source d'économie et de respect de l'environnement. La plupart des fabricants d’isolants mettent en avant que leurs produits sont recyclables parce que leurs matériaux constitutifs pris séparément le sont. Or pour la plupart d’entre eux le caractère composite du produit empêche tout recyclage effectif car trop coûteux ou trop complexe. Seul le polystyrène qui est un mono matériau dans la majorité des cas est recyclable à ce jour et peut être potentiellement facilement recyclé. Les autres isolants de toutes sortes présentent de par leur contribution à l’efficacité énergétique des bâtiments un caractère environnemental très intéressant mais en fin de vie ne peuvent être considérés que comme des déchets ultimes non valorisables.

Les isolants représentent l’enjeu de demain car les volumes venant de la déconstruction vont être très importants, occupant une place considérable dans les ISDND. Si on prend l’hypothèse basse que 50000 tonnes d’isolants sont déconstruits chaque année avec une densité de 0,1 tonne par m3 (après compression par le poids d’autres éléments), ce ne sont pas moins de 500000 m3 de capacité utilisée dans les centres d’enfouissement.

Les filières de recyclage et valorisation des isolants doivent être impérativement développées. On passe ci-dessous l’ensemble des isolants en revue et les prémices des filières qui pourraient voir le jour.



Les isolants à base minérale

Les plus connus sont la laine de verre et la laine de roche, toutes deux fabriquées à partir de matières premières naturelles. La première l’est avec du sable ou du calcin qui est fibré après fusion. Le fibrage est maintenu avec un liant organique majoritairement d’origine naturel. Un revêtement kraft bitume a longtemps été utilisé comme pare vapeur qu'il faut aujourd'hui séparer pour envisager un recyclage ou une valorisation.

La laine de roche est fabriquée à partir de roche volcanique, le basalte. Le procédé est similaire et le produit résultant est un composite.

D’un point de vue technique, aucune technologie actuelle ne permet un recyclage à un coût économiquement acceptable par le producteur de déchets. Le recyclage dans un four conçu à cet effet est trop coûteux pour concurrencer l’enfouissement en ISDND. La plupart du temps, ce déchet est produit par un déconstructeur car il y a très peu de déchets en phase de pose. Ce déchet est souillé et ne peut pas être recyclé. La fin de vie de ces produits est donc un véritable problème.

On pourrait imaginer des voies de valorisation en réutilisant la laine en tant que matière dans des matériaux. Pour la laine de roche, on peut par exemple l'incorporer dans la fabrication du ciment sous réserve que le minéral d'origine ait une composition qui le permette. Pour la laine de verre, on peut éventuellement l’incorporer dans la fabrication de béton allégé pour en faire des chapes d’isolation.

Aucune solution n’est industrialisée pour l’instant. Deux barrières principales existent: le caractère diffus du gisement qui induit des coûts de collecte importants et la ou les voies de valorisation qui ne sont pas encore éprouvées. Ces matériaux ne sont donc pas recyclés en France. Et pourtant le gisement est estimé à plusieurs dizaines de milliers tonnes. Les fabricants de laines minérales s'intéressent de près à la problématique et quelques initiatives sont en cours de développement.





Les engagements du grenelle ainsi que les nouvelles normes d’efficacité énergétique RT 2010 vont augmenter les épaisseurs, ce qui laisse présager des volumes de déconstruction dans 30 ans. Il est donc impératif de se préparer à cet afflux de déchets très volumineux dans les centres de collecte et de tri des déchets.









Les isolants à base organique

Il s'agit ici des isolants de type végétal ou animal dits « bio ».

On trouve beaucoup de matériaux d’origine végétale : laine de chanvre, lin, bois, coton… A ce jour aucune filière n’existe pour ces matériaux. Pas de recyclage et aucune valorisation connue. On pourrait penser au compostage mais il faut savoir que des fibres de type polyester sont rajoutées pour structurer l’isolant.

Il en est de même avec des isolants d’origine animale comme la laine de mouton ou les plumes de canard. Mais pour les mêmes raisons que les isolants d’origine végétale ils ne sont pas recyclables ni recyclés.

De plus certains fongicides additionnels peuvent gêner considérablement la valorisation.

La question connexe est comment une composition complexe, un caractère de déchet ultime et des additifs chimiques confèrent à un matériau de construction un caractère bio ? Heureusement que nous ne les ingérons pas.

Les isolants issus du pétrole

Les matériaux utilisés sont tous recyclables actuellement et recyclés pour certains. Le polystyrène expansé, extrudé, ou papier sont des plastiques dont certains ont des filières depuis très longtemps. Pour le polyuréthane, cela n'est pas encore en place au niveau des déchets de chantiers

Le PSE ou polystyrène expansé utilisé dans l'emballage est recyclé ou valorisé en très grande partie sous l'impulsion de l’organisme ECO PSE suite à l’implémentation de la directive emballage de 94. Le polyuréthane, n'étant pas utilisé dans l'emballage, n'a pas pu bénéficier de cette synergie de filière.

Dans les applications bâtiment le PSE est blanc ou gris en fonction de l’application et des performances recherchées.

Il n'y avait pas jusqu'à récemment de véritable filière pour les déchets du bâtiment. Pour les déchets propres, le recyclage ou la valorisation se faisait par opportunité en fonction du collecteur et de sa volonté de se tourner vers la valorisation. PLACOPLATRE vient de lancer la première filière de valorisation des déchets PSE de chantiers. Les efforts se concentrent sur le PSE utilisé en Isolation Thermique par l'Extérieur. Conditionnés sur les chantiers, les déchets peuvent être acheminés dans une des 7 usines du groupe pour y être intégralement recyclés. A défaut ils peuvent être compactés puis extrudés via les mêmes voies que le PSE d'emballage. Cette valorisation était techniquement possible depuis longtemps mais l'équilibre économique restait à trouver. L'augmentation des matières premières le permet aujourd'hui. Pour les déchets souillés comme ceux issus de la fin de vie, la valorisation énergétique est possible dans les cimenteries et autres unités d'incinération en quête de calories. Le PSE est en effet un très bon combustible de substitution avec un PCI élevé tout comme le polyuréthane par ailleurs.

Les isolants couches minces ou par réflexion

La complexité de ces produits est telle qu’un recyclage ou une valorisation n’est pas envisageable.

En conclusion les déchets issus de la pose ou de la fin de vie des isolants vont poser de nombreux problèmes en termes de disponibilité des exutoires et de coûts. On peut déjà observer dans de nombreux centres de tri, de véritables montagnes d'isolants qui sont facturées de plus en plus cher. Dans le sud de la France une benne 100% laine a été facturée à 500€/t. Le polystyrène expansé, qui présente moins de difficultés techniques, pourrait bien montrer la voie de l’exemplarité en termes de filière de valorisation.

Nb : photos par Cyrille Maury Communication